N'achetez plus des outils, services, produits ! Coopérez avec ceux qui les construisent !

L’humain évolue dans un monde de la technique comme solution à tout depuis bien longtemps. L’ère industrielle n’a pas aidé à calmer ça, elle l’a développée et rendue culturellement normalisée.

Votre problème, c’est un casse-tête : sinon ce ne serait pas un problème. L’outil, c’est la clé, la solution directe. Ainsi, plus besoin de se casser la tête.

Lorsqu’une organisation, un service, un responsable, n’importe qui, veut trouver une solution à une problématique, il cherche un outil, un produit, un service ou une matrice… Et c’est bien normal : c’est ce qui est le plus proche du concret, du terrain ! Si on a le bon outil, le bon service adapté à notre besoin, alors voilà une solution !

Le risque de dépendance à l’outil / service.

Le soucis, c’est que nous devenons dépendant des outils. N’ayant pas participé à sa “logique” de conception, nous ne pouvons que l’utiliser dans un contexte donné. Et s’il n’est plus adapté à la situation suivante, il nous faut un nouvel outil, plus adapté.

Est-ce que l’outil donne plus de pouvoir ou est-ce que l’outil rend plus “molle & moins libre” la dynamique des humains ?

Nous sommes dans une société ou nous consommons des services, des produits et des outils. Les grandes puissances économiques l’on bien compris : ils nous fournissent des choses très concrètes, adaptées et faciles à utiliser pour répondre à nos besoins. Merci, jusqu’à un certain stade. Quelques exemples :

  • Uber Eats : demandez à la plupart des utilisateurs actuels de vous expliquer comment le service fonctionne derrière ? La plupart n’en ont aucune idée.
  • Dans les organisations, les collaborateurs sont formés aux outils de l’agilité, du design thinking etc… Demandez-leur d’utiliser ces outils autrement, dans un autre environnement que ce qu’ils ont pu expérimenter lors de leur formation ? La plupart du temps c’est eux-même qui vous diront qu’ils ne voient pas comment.
  • Les grandes structures, Google, Facebook, Microsoft, Apple, etc… placent leurs “outils” de gestion et de communication interne dans toutes les entreprises : ils généralisent une manière de travailler, une manière de structurer l’information, une manière de penser ! Demandez à la plupart des collaborateurs utilisant des “manières Microsoft” de faire autrement ? Ils vous diront qu’ils ne voient pas comment.

D’autres exemples, vous pourriez m’en trouver des tonnes, d’ailleurs, en commentaire, ils sont les bienvenus ! Le plus important est de se rendre compte que des outils, il y en a des millions et il y en aura toujours plus ! Pourquoi ? Parce que c’est ce que les humains achètent !

Un des biais humain est de penser que l’outil sera la solution, parce que l’outil étant concret, il nous rassure et avec un bon discours de vente, on a confiance donc on achète ! Dans beaucoup de cas malheureusement, c’est un cadeau empoisonné !

Grands outils, grande responsabilité !

Lorsque vous créez un outil, service, produit… Vous créez “logique” concrète pour résoudre un problème et répondre à un besoin. Votre problème, c’est un casse-tête : sinon ce ne serait pas un problème. L’outil, c’est la clé, la solution directe. Ainsi, plus besoin de se casser la tête.

Sauf que, si un humain ne se casse pas la tête de temps en temps alors il n’apprend pas. S’il n’apprend pas, il ne peut pas évoluer et il perd toute dynamique d’exploration, de recherche et surtout d’essai-erreur. Il consomme alors des outils et des services, il paie pour ça et il s’en arrête là.

Encore un exemple ? Prenons Netflix. Ce service a changé les usages de consommation de contenu vidéos. Avant, les utilisateurs devaient chercher un film, une série de leur choix sur des blogs et plateformes Torrent ou autre, illégalement. Ils devaient ensuite trouver une application, pas très clean non plus pour télécharger leur médias… Sacré casse-tête ! Et souvent, tout ce cheminement pour ne pas payer OU disposer des séries au moment exacte de leur sortie !

Netflix répond à un besoin clair : fournir légalement une quantité riche de films et séries, libérant l’utilisateur de tout ce casse-tête ! Cependant, toutes les dernières séries et films ne sont pas sur la plateforme… Est-ce que la plupart des utilisateurs quittent Netflix pour revenir au schéma précédent ? Non, ils restent dans la légalité, car c’est plus simple et sécurisé. Par contre, ils vont regarder le contenu que Netflix propose… Est-ce qu’ils sont encore maîtres de leurs désirs de divertissement ? On peut se poser la question… Est-ce que l’outil donne plus de pouvoir ou est-ce que l’outil rend plus “molle & moins libre” la dynamique des humains ? On peut se poser la question aussi…

Alors si on se rend compte du danger de “consommer de l’outil ou du service sans modération”, qu’est-ce qu’il nous reste à faire ?

Comprendre comment on construit un outil, un service, un produit.

Comment est-ce qu’on construit un outil, un service, un produit ?

Je vous propose une petite représentation en schéma ainsi que quelques explications. C’est une démonstration venant de recherches propres, n’hésitez pas à remettre en question si vous voyez des biais dans ma “logique”.

  • Nous avons un problème, un besoin. Il nous faut un outil.
  • Pour construire la solution adaptée, surtout si le besoin est complexe, il faut un outil, un service complexe. Les humains ont alors besoin de coopérer, de mélanger leurs expertises et compétences pour inventer, créer cet outil.
  • Pour se faire, il vont avoir besoin de méthodes de travail, de méthodes de fabrication, de collaboration, etc… (Lean, agilité, design thinking, transmission agricole ou artisanale, etc…)

Faisons une pause ici ! Pour avoir des méthodes adaptées, il faut aussi des humains pour les créer ! Encore une fois, dans notre système, le biais est que nous achetons des méthodes comme nous achetons des services ! La méthode est la solution ! Il y a ceux qui vendent des méthodes “package” comme des produits et ceux qui les vendent comme des services !  Exemples ? Encore une fois, agilité, Lego serious game, design thinking, Design sprint, etc…

Les méthodes ne sont pas des outils ! Les méthodes représentent les “manières” de construire des outils. C’est un niveau d’abstraction au dessus.

Maintenant, nous pouvons payer et consommer des méthodes, où, comme pour les outils, comprendre comment les construire :

  • [[ Les Méthodes ]] se transmettent dans notre culture depuis des générations. Malheureusement si on perd la transmission, on perd les méthodes et il faut les inventer de nouveau, ou autrement.
  • Pour inventer des méthodes, il faut [[ Les Modèles ]]. Ce peut-être des modèles mathématiques, des modèles de pensée (un cerveau ingénieur peut créer des méthodes d’ingénierie pour des nouveaux outils d’ingénierie…), des modèles d’inspiration, etc…
  • Ce “niveau” des modèles est très lié au niveau de la psychologie humaine. Chaque humain est différent mais peut rencontrer d’autres humains partageant le même modèle de penser : designer, technicien, économiste, etc…
  • Si exclusivement des humains avec le même modèle de pensée coopèrent, il advient un moment ou ils n’arrivent plus à inventer de nouvelles méthodes et donc de nouveaux outils…

Pause ! C’est à ce stade qu’on entend : “nous n’arrivons plus à innover”. Prenons l’exemple de l’aéronautique : si seulement des ingénieurs venant de la même formation collaborent, ils arrivent à un stade où ils ne peuvent plus avoir d’idées fraîches… En découle la nécessité de casser les silos dans les organisations pour mêler ces ingénieurs à des designers, des biologistes, d’autres modèles de pensée et PAF… ça fait des méthodes et des outils ou produits innovants !

Dans notre système, le biais est que nous achetons des méthodes comme nous achetons des services !

Voici un moment important de notre exploration : si il n’y a pas coopération entre des humains provenant d’une grande diversité de modèles de pensée, de vivre et de tradition, alors il devient impossible de créer des choses nouvelles !

Notre société commence à le comprendre : changement des modèles d’organisation, ouverture des silos, ouverture sur l’extérieur, explosion des démarches Designs & de la facilitation, etc…

Cherchez des modèles différents du votre plutôt que l’outil “magique” à tout solutionner.

Chercher un modèle différent, ce n’est pas un outil, ce n’est pas une méthode, ce n’est pas un livre etc… C’est une modèle de pensée et donc souvent une personne !

Cherchez ceux avec qui vous êtes complémentaires pour coopérer et par cette coopération ou par intelligence collective avec un groupe diversifié, vous pourrez trouver les solutions à vos problématiques ou besoins…

Ce sera peut-être une méthode nouvelle, ou un outil, ou un service, ou un produit… Peu importe ! Ce sera peut-être même une solution déjà existante, venant de Google, Facebook, Microsoft où peu importe ! mais au moins, tout le cheminement pour arriver à cette solution sera “logique” et profitant des intelligences des différents modèles de pensée à la réflexion de groupe. Ce sera donc adapté, explicable et compris des utilisateurs finaux. D’ailleurs, ces utilisateurs seront très certainement dans la boucle de votre co-conception : vous avez besoin de leurs modèles de pensée car ce sont eux qui utilisent ensuite la solution à leur besoin !

En synthèse :

Vous avez une problématique, un besoin ou vous détectez un besoin auquel répondre ? Trouvez une diversité nécessaire d’humains avec lesquels collaborer pour co-construire une solution. Cela ne veut pas dire réinventer la roue : cela veut dire dérouler un raisonnement logique, en intelligence collective pour déterminer la solution adaptée. Si elle existe déjà : tant mieux ! Si elle n’existe pas encore, ce sera l’occasion de créer de nouvelles méthodes, de nouveaux outils, produits ou services à mettre à disposition de tous !

Ce sera utile, innovant, disruptif même très certainement. Par dessus tout, ce sera stimulant et libre pour chaque esprit qui pourra comprendre “pourquoi et comment” plutôt que de rester dépendant d’impositions faites par les outils ou méthodes dites certifiés et de confiance, par leur marque ou leur réputation, et qui ne seront très certainement pas votre dernier achat… Ceux qui contrôlent les outils, les méthodes, etc… Contrôlent aussi vos usages, vos habitudes, votre modèle de pensée, votre portefeuille… Si vous devenez facile à prévoir, vous devenez facile à contrôler et donc des esclaves consommateurs et dépendants…

Bonus : vous voulez aller un cran plus loin ?

Sur le schéma que je vous partage dans cet article, il y a deux “étages” de plus. Alors pour les curieux, je vous partage rapidement la “logique” derrière :

  • Pour créer des modèles, que ce soit mathématique ou même psychologique, il faut [[ Les Théories ]] . Par exemple, un modèle d’apprentissage comme Steiner : il y a derrière toute une recherche théorique, sur le plan psychologique, biologique, philosophique.
  • Souvent ceux qui “théorisent” terrorisent ceux qui sont plus concrets : Des thèses de 500 pages font toujours peur ! Souvent, les théories restent complexes ; elles sont alors vulgarisées par ceux qui savent le faire et traduites en modèles, méthodes et même outils…

Problème : si les vulgarisateurs prennent trop de raccourcis, ils perdent le “fil logique” : alors, l’outil, la méthode ou le modèle ne repose sur rien ! Il ne fonctionne que parce qu’on lui fait confiance. Ce n’est plus sur une base de théorie logique mais sur une base de [[ Storytelling ]]Prenons l’exemple de notre système capitaliste : il ne repose sur aucune théorie logique. Nos vérités scientifiques ? Elles éclatent en ce moment car on découvre que les bases ne reposent que sur des hypothèses : en gros, des histoires :)

  • Reprenons : pour créer des modèles, il faut des théories mais il faut les créer, les partager et les comprendre ! C’est pour cette raison qu’il y a depuis toujours une rupture entre le monde de la recherche, le monde intellectuel, et le monde du terrain… Les seuls ponts sont les vulgarisateurs et malheureusement très souvent, les vulgarisateurs préfèrent raconter des histoires à vendre plutôt que réellement présenter dans un langage adapté une théorie plus complexe… Parce que c’est dans les théories que nous trouvons les “pépites d’or” pour construire de nouveaux modèles, méthodes, outils… Qui peuvent répondre aux besoins et donc… Se vendre très cher !

Attention donc encore une fois aux livres vulgarisés ! Est-ce que l’auteur tenait vraiment à “traduire” pour que ce soit converti dans le concret en solutions ou est-ce qu’il vend cette matière pour se créer une posture de sachant pour vendre des conférences, des méthodes, des outils, des formations, etc…

  • Revenons à la théorie ! Pour écrire une théorie, il faut un cerveau qui explore par sa logique. logique est le fonctionnement même de notre cerveau. Nous connectons des concepts, des idées par logique. Je ne développerais pas plus ici, mais regardez du côté de la logique sur Wikipedia, du côté de Socrate avec sa dialectique, etc…

… En vous souhaitant une belle exploration !

Si vous devenez facile à prévoir, vous devenez facile à contrôler et donc des esclaves consommateurs et dépendants…

Pour finir, pourquoi sur le schéma cette case “ciel/soi”… C’est un peu perché certes, mais pour utiliser son cerveau, sa logique, il faut bien de la matière. La logique permet de structurer, de rationaliser, mais structurer quoi ? D’ou vient la matière première de notre cerveau ?

Pour certain, elle vient de notre [[ Inconscient ]] . Regardez du côté du psychanalyste Jung par exemple. La matière première, qui crée les idées, ce serait les inspirations.  [[ Les Inspirations ]] viennent de l’imaginaire et donc, de l’inconscient. la créativité, c’est connecter de manière logique des idées comme elles n’ont jamais été connectées avant. Pour se faire, avec le cerveau “logique” il faut de la matière première neuve. Il faut donc laisser la place à [[ l’émergence ]] de [[ l’imaginaire ]], qui va créer de l’inspiration et POF, des idées nouvelles ! Avec ça, l’humain peut créer de nouvelles théories… Et ainsi de suite.

Comment libérer [[ l’imaginaire ]] ? En lui laissant de la place, en arrêtant de réfléchir tout le temps et de rationaliser tout le temps. Les “eurêka !” surviennent souvent sous la douche : une nouvelle matière pénètre la logique du scientifique pendant qu’il se frotte le dos : c’est exactement l’élément qui lui manquait pour terminer sa théorie !

[[ Comment libérer l’imaginaire ? ]] Ce sera pour un prochain article. Mais d’ici là, essayez de rencontrer des personnes qui ont d’autres modèles de pensée que le vôtre : vous aurez alors de grandes chances d’explorer des domaines encore à découvrir pour vous et ce sera peut-être le théâtre, l’art, la musique… Tout ce champ d’exploration en dehors du rationnel qui peut libérer votre imaginaire.

Vous voulez transformer votre organisation, vous voulez adresser de gros problème complexes et systémiques ? Rencontrez des artistes, des musiciens, des danseurs et explorez avec eux. Faites aussi un petit tour du côté de l’Archipel Kyosei.

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