une planĂšte de mercenaires

7 min de lecture

Une planĂšte de mercenaires

Nous sommes sur une planĂšte de mercenaires. Quasiment tous les humains Ă  la surface de la planĂšte se comportent ainsi, mĂȘme s’ils ne sont pas en “temps de guerre” dĂ©clarĂ©e, j’entend par guerre le sens classique, c’est Ă  dire des oppositions par la violence, la force, ou des gens sont tuĂ©s et oĂč il y a besoin d’humains pour bien tuer : les mercenaires.

Prenons la définition fondementale :

Mercenaire

“Un mercenaire est un combattant Ă©tranger aux parties en conflit, « spĂ©cialement recrutĂ© dans le pays ou Ă  l’étranger » et qui « prend une part directe aux hostilitĂ©s ». Ce combattant doit Ă©galement avoir un « avantage personnel » Ă  participer Ă  ce conflit, qui doit prendre la forme d’une rĂ©munĂ©ration « nettement supĂ©rieure Ă  celle » de ses homologues de l’armĂ©e rĂ©guliĂšre”.

Si je remplace quelques termes pour adapter au “marchĂ© du travail” qui est le rĂ©el “terrain de bataille” de notre guerre Ă©conomique gĂ©nĂ©ralisĂ©e :

Un prestataire de service ou un salariĂ© est une ressource humaine, initialement Ă©tranger aux parties en concurrence sur le marchĂ© Ă©conomique, « spĂ©cialement recrutĂ© dans le pays ou Ă  l’étranger » et qui « prend une part directe aux activitĂ©s Ă©conomiques ». Cet acteur “combattant” doit Ă©galement avoir un « avantage personnel » Ă  participer Ă  ce marchĂ© Ă©conomique, qui doit prendre la forme d’une rĂ©munĂ©ration « nettement supĂ©rieure Ă  celle » de ses homologues du secteur public ou associatif.

Une adaptation validĂ©e Ă©galement par l’étymologie mĂȘme du mot :

Le terme mercenaire dĂ©crit Ă  l’origine toute personne offrant un service contre un paiement. À ce titre, le terme employĂ© Ă  l’époque se rapproche de celui de « salariĂ© » et dĂ©signe la classe ouvriĂšre qui n’a pas l’« initiative industrielle ». Le terme vient du latin mercenarius, lui-mĂȘme dĂ©rivĂ© du mot merces qui signifie salaire.

Toute personne gagnant de l’argent en l’échange de la “ressource” qu’elle apporte est donc une partie de la sociĂ©tĂ© qui n’a pas “l’initiative industrielle”, soit l’initiative de production. Ce mercenaire est donc dĂ©pendant de ceux qui sont Ă  l’initiative de produire du concret, que ce soit un salariĂ© ou un prestataire de service.

Prenons l’exemple d’une agence de communication : elle est prestataire de service pour un acteur portant une initiative de production, elle ne porte pas d’initiative elle-mĂȘme, elle est dĂ©pendante de son “client actif” en production concrĂštes (Elle est dĂ©pendante de celui qui fait la guerre et qui a des intĂ©rĂȘts de pouvoir et Ă©conomiques).

Maintenant, si son client n’est pas non plus Ă  l’initiative de production, il est lui-mĂȘme dĂ©pendant d’une entreprise qui porte l’initiative de produire, concrĂštement. Et ainsi de suite.

L’initiative de production.

Au final, il y a nĂ©cessairement besoin d’acteurs, d’entreprises, qui produisent quelques chose de concret, qui porte une valeur suffisante pour motiver un Ă©change contre de l’argent (Il y a besoin de ceux qui font la guerre directement).

Mais qu’est-ce qui peut bien porter une valeur suffisante pour qu’un humain Ă©change de l’argent pour l’acquĂ©rir ? Qu’est-ce qui peut bien valoir la peine de “faire la guerre” ?

  • Un produit qui rĂ©pond Ă  un besoin fondamental : nourriture, logement, chaleur, eau, sĂ©curitĂ© ou protection contre agression (survie), respiration, mobilitĂ©, sexualitĂ©, sommeil, traitement des dĂ©chets.
  • Un produit ou service qui rĂ©pond Ă  un besoin de sĂ©curitĂ© plus poussĂ© voir de l’ordre du confort physique ou psychologique : stabilitĂ©, prĂ©visibilitĂ©, comble les peurs, les angoisses


Tout les autres niveaux de la pyramide des besoins ne sont pas de l’ordre d’une initiative de production concrĂšte : Besoin d’appartenance & d’amour, de confiance, de reconnaissance, de respect, d’apprĂ©ciation des autres, besoin d’accomplissement de soi.

Ces autres besoins sont utilisĂ©s comme des “moyens” pour motiver les mercenaires Ă  rejoindre l’initiative de production quand la motivation financiĂšre n’est plus suffisante.

Ce sont des promesses, des engagements : rejoignez votre camp, et vous vous sentirez appartenir à un groupe, utile, reconnu par vos pairs, aimé et grùce à ce groupe et ses initiatives de production, vous pourrez vous accomplir.

Peu importe ce qui est produit, ni la maniĂšre, ni son impact. C’est comme rejoindre l’armĂ©e, prĂȘt Ă  tuer pour se sentir en union avec d’autres humains, quelque soit le combat et en plus, en obtenir un salaire. C’est ĂȘtre un mercenaire.

Amusons nous alors à redéfinir certains termes du monde du travail :

C’est quoi un salariĂ© ?

Un mercenaire, qui accepte sa rĂ©munĂ©ration en Ă©change de faire ce qu’on lui demande de faire.

C’est quoi un collaborateur ?

Un mercenaire, un salariĂ© qui, en plus de gagner de l’argent pour ce qu’il produit, accepte une histoire qu’on lui raconte Ă  laquelle il veut bien appartenir car l’histoire lui promet qu’il va s’accomplir.

C’est quoi un prestataire ?

Un mercenaire, qui accepte sa rĂ©munĂ©ration en Ă©change de faire ce qu’on lui demande de faire.

C’est quoi un partenaire ?

Un mercenaire, qui donne plus d’importance à l’histoire à laquelle il peut appartenir qu’à l’argent qu’il peut en gagner.

C’est quoi un bĂ©nĂ©vole ?

Un mercenaire, qui ne donne de l’importance qu’à l’histoire à laquelle il peut appartenir.

C’est quoi un entrepreneur ?

Un mercenaire, qui pense ĂȘtre Ă  l’initiative de production mais qui a besoin de vendre (financiĂšrement et l’histoire qu’il raconte) ce qu’il ne produit pas encore pour pouvoir “initier” sa production concrĂštement.

C’est quoi un producteur ?

Un initiateur de production. Un agriculteur par exemple est un producteur tout comme un musicien, un artisan, un maçon, etc


C’est quoi un fournisseur ?

Un initiateur de production Ă©galement. C’est celui qui va permettre au producteur, grĂące Ă  de la matiĂšre premiĂšre extraite et transformĂ©e, d’initier sa production.

Comme vous pouvez le voir, de la mĂȘme maniĂšre qu’un mercenaire sans guerre n’existe pas, beaucoup des mĂ©tiers de nos “temps modernes” n’existeraient plus s’il n’y avait pas de “guerre Ă©conomique”.

Soit alors vous acceptez d’ĂȘtre un mercenaire et de rejoindre des batailles que vous n’avez pas initiĂ©es, soit vous devenez producteur ou fournisseur pour faire “votre guerre” directement.

C’est la dure loi du marchĂ© et de la concurrence. C’est la dure loi d’un monde en guerre Ă©conomique.

Dans notre sociĂ©tĂ© actuelle, chaque individu est “un produit Ă  vendre”.

Un mercenaire de guerre se vend de lui-mĂȘme : suivant son efficacitĂ© & ses performances Ă  tuer.

De nos jours, les mercenaires modernes doivent prouver qu’ils sont des “tueurs” de leur domaines. Ils doivent exposer leurs trophĂ©es de combat, grĂące Ă  leurs rĂ©fĂ©rences, leurs cas d’études, leurs certificats, etc
 Tout comme Ă  l’époque :

George de dix : Il a fait la guerre de 100 ans et celle de 200 ans. Il a tuĂ© plus de 300 guerriers avec sa seule et mĂȘme Ă©pĂ©e. Jamais il n’a Ă©tĂ© blessĂ© au combat
 Il est connu de tous pour ĂȘtre un bouchĂ© sans pitiĂ© sur champ de bataille, inĂ©puisable.

Vous remarquerez les similitudes, sans que j’ai a faire de rapprochement avec nos diffĂ©rents profiles LinkedIn
 Nous sommes bien encore de simple mercenaires cherchant Ă  rejoindre notre prochaine guerre


Plus intĂ©ressant encore, nous utilisons les codes “modernes” pour nous vendre : raconter notre histoire (comme les mercenaires) mais aussi mettre en “image de marque”, adapter notre discours Ă  notre cible, etc


Nous avons basculĂ© de guerrier dont l’histoire se raconte pour nous et par nos actions au combat Ă  des produits qu’il faut bien prĂ©senter pour pouvoir les placer et les vendre
 En nous comportant ainsi, nous ne somme mĂȘme plus des humains, mais simplement des objets, des outils qu’on achĂšte comme dans un magasin
 On ne se vend mĂȘme plus comme des mercenaires, on se vend comme les Ă©pĂ©es, qu’on peut utiliser et puis jeter


C’est d’ailleurs trùs clair quand on utilise le terme “ressource humaine” : ce n’est que la partie outil de l’humain dont on parle, une ressource, point.

MĂȘme une caractĂ©ristique humaine devient un outil : un salariĂ© va faire son profile MBTI pour qu’on connaissance sa composition en terme d’outils et comment mieux les agencer avec les autres outils. Comme des ingrĂ©dients pour faire la recette de production, tout simplement.

Je ne suis pas certain qu’un mercenaire d’antan accepterait cette condition d’Être


Une autre dynamique de société est possible.

Si vous ne voulez participer Ă  aucune guerre, mĂȘme une petite locale et de quartier, il vous faut alors rejoindre ceux qui veulent imaginer et construire une autre logique de sociĂ©tĂ© tout en participant Ă  Ă©viter un Echec et mat du monopole mondial.

Dans laquelle il n’y a que des producteurs locaux, des fournisseurs locaux tous se comportant comme des collaborateurs et contributeurs d’une sociĂ©tĂ© Ă  dynamiser localement ensemble.

L’initiative de production est alors collective : il faut produire ce dont une communautĂ© locale a besoin. Pour se faire, il faut connaĂźtre les qualitĂ©s et quantitĂ©s Ă  produire, rĂ©partir des rĂŽles de contributions et collaborer pour que l’initiative atteigne son Ă©quilibre :

  • suffisamment de nourriture, logement, chaleur, eau, sĂ©curitĂ© ou protection contre agression (survie), respiration, mobilitĂ©, sexualitĂ©, sommeil, traitement des dĂ©chets pour tous.
  • suffisamment de confort physique ou psychologique : stabilitĂ©, prĂ©visibilitĂ©, comble les peurs, les angoisses


Ainsi, en dĂ©veloppant la production suivant une initiative collective, chaque membre peut alors combler ses besoins d’appartenance & d’amour, de confiance, de reconnaissance, de respect, d’apprĂ©ciation des autres, d’accomplissement de soi. - Car chacun dans le collectif local en questions porte un rĂŽle de collaborateur et contributeur.

Merci de votre lecture — vous pouvez me contacter sur liut.me